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Portrait de Gérard Penot

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Entretien avec Gérard Penot, fondateur de l’Atelier Ruelle

Sarah Emmerich

Grand Prix d’urbanisme 2015, Gérard Penot est le fondateur de l’Atelier Ruelle qui, dès les années 1980, a croisé les regards d’urbanistes, architectes, paysagistes et ingénieurs dans une approche transdisciplinaire, holistique de la ville. À Marne-la-Vallée, il conduit la maîtrise d’œuvre urbaine de Marne Europe, une centralité majeure du Grand Paris en construction. Dans cet entretien, il nous confie sa vision de la fabrique de la ville. Sans détour.

Comment saisir l'esprit d'un lieu, comprendre l'âme d'un territoire afin de mieux y construite la ville ?

Un territoire ne se livre jamais facilement, il faut toujours faire des efforts pour le saisir. On croit le comprendre au premier coup d’œil mais il s’agit rarement d’un coup de foudre. Certains sont plus faciles d’accès que d’autres, sont plus ou moins accueillants. On se dit même parfois d’un lieu qu’il n’y a juste rien à en faire et l’on se retrouve alors bien embarrassé. Mais il faut faire l’effort, apprendre à le connaître, l’amour durable est une chose qui se construit. Nous avons une déformation professionnelle qui consiste à dire qu’un territoire est toujours intéressant. Jean Nouvel, du point de vue de l’architecte, affirme « On est tous un peu des kleptomanes » et c’est vrai que nous avons collecté un vaste répertoire mental qui nous permet de nous projeter, même dans ce qui paraît ingrat. Mais, il n’empêche, ce besoin de sentiment d’amour existe toujours, c’est ce qui nous permet d’imaginer.

 

On a parfois organisé la défaveur de territoires. Au lieu de se dire « comment vivre ici ? » on s’est demandé ce qui pourrait bien s’installer là. Il suffit pourtant de peu de choses, d’une certaine délicatesse, parfois juste de se déplacer de quelques centimètres pour épargner un vieux chêne et tenir compte de ce qui est planté là.

 

Le soin apporté à la ville passe par l’espace public, on le savait déjà il y a 40 ans quand j’étais un militant de la cause urbaine et pourtant, au même moment, on massacrait Belleville et Ménilmontant. Les choses à présent évoluent, se modifient, on parle beaucoup – y compris moi – du partage de l’espace public mais cela reste trop souvent une dose homéopathique, un epsilon de ce qui se produit en réalité quand la routine s’installe dans des logiques techniques, des logiques fonctionnelles. Je ne désespère pourtant pas de la ville, elle est comme cela, elle se constitue en reflétant les périodes historiques successives. La ville est en train de se relier, cela peut prendre 40 ans mais quatre décennies c’est très peu à l’échelle d’une ville. Les confins finissent par ne plus être aux confins et les faubourgs inéluctablement prennent de la valeur.

Et Marne Europe, quelle particularité ? Quel esprit du lieu ?

Je mentirais si je parlais d’un amour immédiat, au premier regard. À Villiers-sur-Marne, il y a une zone commerciale, des bouts d’activité, des voiries très présentes, des éléments délaissés… Si l’on ne fait que passer, on n’y comprend rien. Mais, si l’on étudie, alors on comprend qu’il y a une limite communale, un projet d’autoroute qui ne s’est jamais construite. Du côté de Champigny-sur-Marne, on se situe à la limite d’une zone pavillonnaire. Marne Europe se situait aux confins. Pour l’une comme pour l’autre des villes, les choses se passaient ailleurs. Il faut non pas effacer mais compléter, susciter le complément, faciliter les ajustements. Un projet urbain doit rester souple. Il vaut mieux adopter la morphologie du marathonien, tout en souplesse, que jouer le sprinter tout en muscles ; pour voyager loin, mieux vaut voyager léger.

 

Évitons de créer des obstacles pour les générations futures, il faut penser les évolutions pour ne pas créer d’objet de rejet. L’aménageur a l’immense responsabilité des contraintes institutionnelles et financières mais elles ne doivent pas le figer, il doit parfois s’alléger mentalement pour ne pas se retrouver dans quelque chose d’éteint. Pour ma part, j’ai besoin de sentir l’âme de l’aménageur et de la municipalité pour travailler et imaginer.

 

J’ai besoin d’amitié intellectuelle, d’affinités humaines. Il faut que l’on se prête intérêt l’un à l’autre, découvrir nos intérêts communs pour avoir des idées intéressantes.

 

Marne Europe, c’est vrai que c’est un belvédère, une friche exceptionnelle, c’est là-dessus qu’il faut travailler, sur cette qualité dans le Grand Paris. C’est un site rare car il capte visuellement, physiquement le Grand Paris. Bien au-delà de l’isolat remarquable, de la qualité propre du projet, ce qui est intéressant c’est l’entre deux, la frange, le lien avec les centres villes. C’est ainsi que  l’on abonde la richesse commune et c’est cela le sujet du Grand Paris : sortir des confins communaux, sortir d’une logique de comptes propres pour faire territoire commun.

On construit donc la ville sur la ville et avec la ville ?

Il y a des milliers de revues qui parlent de ça, le discours existe et évidemment peu de gens vont vous dire : « Je suis pour l’étalement urbain ». Les propos sont convenables, voire convenus mais dans les faits, c’est souvent le contraire et l’on s’étale tout en essayant d’être compact.

 

Finalement on pourrait ne vouloir que des concepteurs très impliqués, qui font l’effort nécessaire, qui savent faire preuve de délicatesse mais c’est tout de même trop aléatoire, l’étiquette architecte ou paysagiste ou même urbaniste ne garantit rien. On ne peut pas construire le monde en ayant seulement le choix entre des personnalités inspirées ou bien l’autre possibilité qui se fait dans les grandes villes avec de grands services : les aménagements façon rouleau compresseur. Le plus bel exemple de cette mécanique c’est Paris – celui d’Haussmann et Alphand – je ne parle pas de la forme urbaine mais du mode de production de son espace public. L’urbanisme haussmannien aligne les grands boulevards, aligne les grandes avenues, aligne les mêmes trottoirs, les arbres et les bancs. Cette méthode ne garantit pas forcément la beauté mais elle garantit la qualité globale et générale. Même dans certains quartiers de l’autre côté du périphérique, l’espace public parisien continue parfois de s’étendre comme un grand fleuve. Pour Paris, il faut de la grande dimension et ne pas se faire plaisir avec du petit, du singulier, de l’original qui ne serait que de la mignardise. C’est important de savoir ce que l’on est pour se construire. Aujourd’hui, on est très imprégné par la question des usages, et c’est aussi ma démarche. Il faut s’intéresser à ce qui est commun et le traduire spatialement, que l’on soit dans un grand ensemble ou dans un quartier où les gens vont travailler. Il s’agit de définir un vocabulaire commun pour répondre à des questions spécifiques. Même si l’on ne parle pas forcément le même idiome, on peut tenir ensemble un discours commun.

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